Al-Qaïda au Maghreb s’offre un sanctuaire au Mali


Publier le 6.02.10

Alors qu’en Algérie, la lutte antiterroriste est parvenue à disséminer la totalité des groupes d’Al-Qaïda au Maghreb et à mettre en très grande difficulté ses possibilités de redéploiement, l’organisation criminelle est en train de se refaire une santé dans le nord du Mali, où elle ne souffre aucune inquiétude.



Quand le chef de l’Etat malien lui-même vient à déclarer qu’aucun pays, aussi puissant soit-il, ne pourrait contrôler cette «frange sahélienne» du fait de la rudesse de son relief et de son climat, il est difficile de distinguer s’il s’agit d’un aveu d’impuissance pour lutter contre les hordes terroristes qui s’y concentrent de plus en plus massivement ou carrément d’un abandon à leur profit de la souveraineté du Mali sur cette partie de son territoire.

Dans les deux cas, l’organisation terroriste ne va pas se faire prier pour tirer un maximum de bénéfices de cette situation. D’autant plus qu’elle a commencé déjà à en jouir concrètement depuis qu’il a été officiellement permis, en 2003, au GSPC dont elle est issue de prendre dans cette région une vingtaine d’otages européens qu’il a enlevés en Algérie et de négocier leur libération au prix d’une forte rançon.

Depuis que ce même GSPC s’est mué en branche maghrébine d’Al-Qaïda, d’année en année, des ressortissants européens sont enlevés dans d’autres pays (Tunisie, Niger, Mauritanie) ou au Mali même et «rapatriés» dans cette «frange sahélienne» devenue son sanctuaire. Et c’est là, également, que l’organisation terroriste n’hésite pas à exécuter un otage dont le pays d’origine refuse de se plier à ses exigences, comme cela a été le cas l’année dernière d’un ressortissant britannique. Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui a compris les avantages que lui offre la situation d’impunité dont elle jouit dans le nord du Mali, a intégré dans sa géographie d’expansion vers le reste du Sahel cette région qui fut plus ou moins dans le passé une «base arrière».

Elle y accueille les nouvelles recrues, les forme aux techniques du terrorisme, les entraîne au maniement d’armes et les initie à la fabrication d’explosifs. Forte de cette «base» et profitant d’un énième conflit au Nigeria entre musulmans et chrétiens qui a fait des centaines de victimes, elle s’est autorisée à appeler, la semaine dernière, dans un communiqué daté du 28 janvier, les Nigérians à lui envoyer leurs enfants pour en faire des terroristes et les soutenir en moyens matériels. Ce qu’elle ne pouvait se permettre encore l’été dernier quand elle s’était contentée de se solidariser avec le mouvement des «Talibans» du Nigeria, dit Boko Haram», contre la répression gouvernementale qu’ils ont subie (voir Le Soir d’Algérie du 23 août 2009). De «maghrébine» qu’elle se prétendait être, AQMI est en train de devenir de plus en plus «sahélienne». L’Europe occidentale, celle-là même dont l’organisation terroriste maintient actuellement en otages des ressortissants (Espagne, France, Italie), se retrouve quelque part un peu rassurée qu’AQMI se renforce davantage dans le Sahel que sur la rive sud de la Méditerranée, d’où elle peut être plus aisément ciblée. Mais force est de constater que c’est dans les pays du Sahel que ses ressortissants sont aujourd’hui attaqués, tout comme il a pu être établi que le dernier kamikaze qu’Al-Qaïda mère ait choisi de recruter pour se faire exploser, fin décembre dernier, aux Etats-Unis est un ressortissant nigérian.

Le message est clair. Elle aurait pu choisir un «suicidaire» de n’importe quel pays, voire même un Américain La «frange sahélienne» qu’AQMI s’est appropriée au nord du Mali, pour son redéploiement avec la bénédiction du chef de l’Etat local qui l’a déclarée «incontrôlable», risque de devenir réellement un bastion du terrorisme menaçant non seulement le Sahel et le Maghreb mais également n’importe quelle autre région du monde. Certains verraient une solution dans la mise en place dans la région de la controversée force américaine Africom (Commandement militaire des Etats-Unis d’Amérique pour l’Afrique) et font tout pour que cela se fasse. Ce désir est également celui d’Al-Qaïda pour faire de cette région un autre point de ralliement de ses partisans dans sa prétendue «guerre sainte» contre l’«Occident» et ceux qu’elle considère l’avoir plus ou moins ralliée, comme le sont, à ses yeux, tous ceux qui ne sont pas des sympathisants de son terrorisme.

source: Le soir d’algerie



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