Algérie: Les nouveaux riches ont perdu leurs repères
Pourquoi les nouveaux riches algériens ont souvent une image si négative ?
Il y a même une appellation, en arabe, extrêmement péjorative, pour désigner les récentes fortunes algériennes. Le fait d’avoir une idée négative sur les nouveaux riches provient des moyens et des pratiques qui ont mené à leur enrichissement ainsi que la célérité avec laquelle ils ont réussi. Il y a de la suspicion qui entoure leurs fortunes, d’autant que les nouveaux riches sont apparus dans la période la plus sombre de l’Algérie. Notre pays traversait une mauvaise passe et de nombreuses perturbations ont secoué la société, comme la guerre civile… La façon qu’ont les nouveau riches de consommer participe également à entretenir leur image négative. En plus, évidemment, du décalage existant entre le niveau social, assez élevé, et le niveau culturel, extrêmement modeste, des nouveaux riches.
Il apparaît que les nouvelles fortunes aiment – généralement – consommer ce qu’il y a de plus voyant. Quel rapport entretient l’Algérien avec le luxe ?
Le nouveau riche ou le « beggar », comme on l’appelle dans le langage populaire, est très différent du bourgeois traditionnel qui affiche une certaine « humilité » et qui cherche toujours à cacher sa fortune, à ne pas se montrer. Ceux-là mènent, le plus souvent, une vie ordinaire, loin du tape-à-l’œil. La bourgeoisie traditionnelle ressent une certaine empathie envers les autres classes. Ils ne veulent pas afficher leur opulence par égard aux autres, contrairement aux « beggars » qui font l’impossible pour se montrer, que ce soit dans les fêtes de mariage, dans la construction de villa ou dans l’achat de voitures.
Quelle différence y a-t-il entre les nouvelles fortunes d’aujourd’hui et la classe appelée « tchitchi » des années 1980 ?
La génération « tchitchi » est intimement liée aux jeunes issus des quartiers chics. Cela peut même avoir certains côtés « sympathiques ». Le jeune tchitchi est celui qui aime s’habiller, qui est bien éduqué et qui a une certaine finesse dans son langage et dans son comportement. C’est l’exact contraire de l’image du beggar. Ce nouveau riche n’a que des côtés négatifs : il ne sait pas consommer et n’a pas appris à parler correctement. C’est une personne qui vit dans une absence de normes sociales, ce que les sociologues appellent « une anomie ». Il a perdu tous ses repères et ses valeurs. Il ne sait plus comment se comporter dans son nouvel environnement.
Quels effets aura l’émergence des « nouvelles fortunes » sur la société algérienne ?
Il faudra certainement beaucoup de temps pour mesurer les effets de ces nouveaux riches sur la société algérienne. Pour l’heure, les répercussions sont plutôt négatives, puisqu’ils sont derrière l’inflation et les flambées incroyables des prix. D’un autre côté, ils sont responsables du mauvais goût, que ce soit lorsqu’ils construisent leurs villas, quand ils conduisent leurs véhicules ou même lorsqu’ils mangent dans les restaurants ou lorsqu’ils parlent avec leurs téléphones bariolés. Je pense, que de manière générale, leur influence est négative dans la mesure où ils sont derrière la détérioration du bon goût, notamment dans la construction et la manière de consommer. Dans le domaine culturel, ils sont inexistants. Le temps nous dira s’il y aura une reproduction de cette catégorie.
source: Elwatan
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