Algérie: Projet de création de 200.000 PME annoncé par Mustapha Benbada
Algérie – Alors que le gouvernement algérien annonce en grandes pompes le projet de 200.000 nouvelles PME, les organisations patronales restent sceptiques.
En effet, les perspectives tracées par les pouvoirs publics ne semblent pas convaincre les patrons. Dans la cohorte des sceptiques, le président du forum des chefs d’entreprise (FCE), Réda Hamiani, dénonce l’amateurisme du ministère des PME. Il dénote les contradictions qui existent entre la théorie et la réalité du terrain dont le ministre Benbada ne fait pas attention. Il sollicite également l’implication de toutes les organisations patronales qui constituent la condition sine qua none pour l’aboutissement de ce projet. Pour l’intraitable Reda Hamiani, la proposition faite aux opérateurs économiques à apporter leur contribution au projet «ne sert à rien si d’un trait de plume, un jour J, on décide de revoir à l’opposé des principes que nous pensons plus opportuns», dénonce-t-il.
Réda Hamiani note que très peu d’entreprises industrielles voient le jour en Algérie et s’inquiète du fait que le dossier moyen d’investissement est passé en quelques années de 160 millions à 40 millions de DA (soit 1,63 million d’euros à 406.216 euros), selon les statistiques de l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI). Dans la foulée, le chef du FCE déplore également le problème de l’accès au crédit qui est des plus préoccupants pour les candidats à la création de PME.
Ainsi, la Banque mondiale classe l’Algérie à la 135ème place en matière d’octroi de crédits bancaires. Actuellement, les banques publiques ne financent que 30% des projets. Une étude du réseau Anima Network Investment sur le financement des PME révèle que l’Algérie a reçu une note de 2,5 contre 3,8 à la Tunisie et 4,3 au Maroc.
L’existence d’une Caisse de garanties des crédits d’investissements (CGCI), dotée d’un capital de 30 milliards de DA, soit 304,7 millions d’euros, ne semble pas avoir substantiellement amélioré les rapports banques/porteurs de projets. Dans la même optique, Zaïm Bensaci, président du CNC PME, sollicite tous les opérateurs économiques à s’investir dans ce projet faramineux. «Je demande à tous les opérateurs et à toutes les organisations patronales de saisir cette opportunité et participer à l’élaboration des politiques de soutien car elles constituent une «véritable force de proposition», souhaite-t-il. D’autres patrons, à l’instar de Meziane Belkacem, secrétaire général de l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA), reprochent aux banques de favoriser les spéculateurs au détriment des producteurs.
400.000 PME en Algérie et 1,2 million au Maroc
Ce plan concerne la création de 200.000 PME, la mise à niveau de 20.000 de PME existantes pour arriver à renflouer le chômage à hauteur de 1,5 million de postes d’emploi. Pour faire un parallèle, au Maroc voisin, ce sont 1,2 million de PME qui activent dans tous les secteurs alors qu’en Algérie leur nombre ne dépasse pas les 400.000. Pour accompagner le projet de 200.000 PME, un comité ad hoc, faut-il le rappeler, baptisé «développement et renforcement des capacités des PME», a été installé le 25 décembre 2009. Il regroupe le Conseil national économique et social (CNES) et le Conseil consultatif des PME (CNC PME).
Sur le volet législatif, Mustapha Benabada a annoncé la révision, avant la fin de l’année 2010, de la loi d’orientation 01-18 de 2001. Aussi, un fonds pour la promotion de la PME devrait également voir le jour ainsi qu’un partenariat banques/PME. Il a aussi annoncé la création d’un Centre national pour le développement de la sous-traitance. A ce sujet, le ministre a déploré le fait que «les grandes entreprises nationales préfèrent donner des ordres de sous-traitance aux PME étrangères». Il affirme la volonté du gouvernement «d’inverser cette tendance par l’émergence et la valorisation des capacités de sous-traitance nationale».
Lors de cette deuxième rencontre du comité, le président du CNES a déclaré que plus de 90% des entreprises dans le monde sont des PME qui emploient jusqu’à 80% de la main d’œuvre. Pour rappel, lors du 5e colloque arabe de la PMI /PME tenu à Alger à la mi-mars 2010, il a été révélé que les PME représentent 90% du total des entreprises dans le monde arabe. Elles emploient entre 40 et 75% de la main d’œuvre locale alors que leur contribution au PIB de ces mêmes pays se situe de 30 à 75%. In fine, les patrons relèvent également le problème de l’accès au foncier et à l’immobilier, secteurs où sévît une spéculation sauvage, entravant le lancement de ce projet de 200.000 PME.
source: Le financier
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